Compost & sols

Comment réussir un compost de tontes de gazon sans mauvaises surprises

Par Maxime
5 minutes

Le potentiel du gazon coupé : un atout sous conditions


Après chaque tonte, la pelouse vous gratifie de plusieurs kilos d’herbe fraîche. Si le réflexe de jeter ces déchets verts à la poubelle persiste chez certains, le compostage des tontes de gazon est pourtant l’une des meilleures façons d’améliorer la fertilité du jardin… à condition de respecter quelques règles essentielles. Car mal gérées, les tontes deviennent vite une source de mauvaises odeurs ou de tas compacté, voire même une catastrophe pour la qualité du compost final. Voici comment transformer vos sacs de tonte en ressource précieuse sans jamais tomber dans les travers du "compost qui tourne mal".


Comprendre les spécificités des tontes : un matériau riche, mais délicat


L’herbe tondue est avant tout un apport très azoté : elle contient beaucoup d’eau et se décompose très rapidement. Cette rapidité peut toutefois jouer des tours : entassée en grande quantité, elle forme une masse compacte qui fermente, s’échauffe trop, sent mauvais, et crée un compost acide et peu stable.
Il faut donc en revenir aux bases du compostage : équilibre, aération et alternance des matières.


Les fondamentaux à respecter pour un compost réussi


  • Alternez toujours les couches : Jamais plus de 5 à 7 cm de tontes d’un seul coup. Recouvrez chaque couche d’herbe d’une couche de matériaux carbonés : feuilles sèches, broyat de branchages, paille, cartons bruns, voire même des copeaux de bois fin.
  • Aérez régulièrement : L’oxygène est l’allié d’un compost sain. Retournez le tas toutes les 2 à 3 semaines, surtout au printemps et en été lorsque les tontes sont plus abondantes.
  • Surveillez l’humidité : Les tontes fraîches sont très humides. Vérifiez que le compost n’est pas détrempé ni trop sec. Si besoin, ajoutez un peu de matière sèche ou, en plein été, un filet d’eau.
  • Évitez « l’effet matelas » : N’étalez pas une épaisse couche de gazon d’un seul coup. La compaction empêche l’air de circuler et déclenche fermentation, chaleur excessive, et odeurs. Au besoin, séchez les tontes une demi-journée avant de les ajouter au compost, pour qu’elles aient déjà un peu réduit leur humidité.

Le gazon : booster d’azote, pas une solution miracle autonome


Le gazon ne doit jamais constituer la « matière unique » d’un compost. Il agit comme un accélérateur, grâce à sa richesse en azote, mais doit être « tempéré » par des apports carbonés. En respectant cette simple alternance, vous améliorez la qualité du compost final : il sera plus homogène, sans croûte compacte, ni fermentation acide. Les déchets de cuisine, le carton, les petites tailles de haie, les feuilles mortes, constituent le complément idéal pour équilibrer le gazon.


Étapes concrètes pour valoriser ses tontes au compost


  1. Préparer le fond du tas ou du bac
    Commencez par aérer la base avec des matériaux grossiers : petites branches, broyat, brindilles, ou carton froissé. Cette « semelle » garantit un bon drainage et prévient la stagnation de l’humidité.
  2. Déposer de fines couches de gazon
    Étalez votre herbe tondue fraîche en couche fine (pas plus de 5 cm). À chaque couche, intercalez 5 à 10 cm de matières sèches (feuilles mortes, paille, rameaux, sciure non traitée, vieux papiers non imprimés).
  3. Vérifier et ajuster l’humidité
    L’aspect doit être légèrement spongieux. Ni détrempé, ni sec. Si le gazon était très mouillé, ajoutez plus de matières sèches. Si le mélange est trop sec (aspect poussiéreux), arrosez modérément.
  4. Retourner pour aérer toutes les 2-4 semaines
    À la fourche, mélangez les différentes couches pour favoriser le brassage des températures et l’arrivée d’oxygène, indispensable pour éviter les mauvaises odeurs et la pourriture.
  5. Contrôler la température
    Un bon compostage de gazon « prend » rapidement : le cœur du tas doit être tiède voire chaud lors des premiers jours. Si les odeurs deviennent acides/ammoniacales, c’est le signe d’un excès d’herbe et d’un manque d’air : retournez sans attendre et ajoutez du carton ou des feuilles en quantité.

Erreurs à éviter absolument avec les tontes de gazon


  • Composter de l’herbe traitée : Si votre pelouse a reçu un désherbant ou un anti-mousse chimique récemment, attendez au moins un mois avant de ramasser les tontes pour le compost. Certains résidus peuvent nuire à la vie microbienne ou même à vos futures cultures.
  • Ajouter des tontes « malades » : Gazon jauni par la maladie (rouille, oïdium…) ou infesté de parasites doit être brûlé ou évacué, pas composté pour éviter toute propagation.
  • Pousser le tas dans un coin fermé : Le compost de gazon a plus que jamais besoin de ventilation. Ouvrez le tas, évitez les bâches plastiques qui conservent l’humidité et la chaleur en excès.
  • Laisser le tas sans surveillance toute la saison : Un compost de gazon n’est pas du « tout-terrain ». Retournez régulièrement, corrigez l’apport de matière sèche si nécessaire, et variez les ingrédients.

Alternatives malignes : que faire de l’excédent ?


  • Paillage direct du potager : Une fine couche (1 ou 2 cm) de gazon séché peut servir de paillis aux pieds des légumes, arbustes et vivaces pour réduire l’évaporation et limiter les adventices. Veillez à ne jamais dépasser la dose et à bien laisser sécher avant pose, pour éviter la fermentation en surface.
  • Mulching : Certaines tondeuses permettent de broyer et répartir la tonte sur place, ce qui favorise la restitution des minéraux au sol tout en diminuant les « déchets » à gérer.

Tableau récapitulatif : les bons gestes pour réussir son compost de tontes


ActionEffet positifÀ éviter
Alterner tontes et matières sèchesÉquilibre (azote/carbone) optimal, pas d’odeursTrop de gazon d’un coup, tas asphyxié
Aérer chaque couche, retourner souventDécomposition rapide et homogèneTas compact, surchauffe, pourriture
Bien choisir le moment d’apportTontes fraîches mais non détrempéesHerbe saturée d’eau ou contenue dans du plastique
Utiliser un composteur ou un tas ventiléCirculation de l’air, contrôle de l’humiditéTas en coin de mur sans circulation ou bâche opaque

Conseils pratiques et actionnables : adoptez le rythme au fil de la saison


  1. Adaptez vos apports à la croissance du gazon : Au printemps et en juin, la croissance est forte, donc fractionnez les apports, stockez de la matière sèche à l’avance, et ne surchargez jamais votre tas.
  2. Soyez inventif avec les matières sèches : N’hésitez pas à conserver cartons bruns, feuilles, tailles broyées, même en été, pour toujours avoir sous la main de quoi équilibrer la richesse azotée du gazon.
  3. Gardez un œil (et le nez !) : Compost sain = odeur d’humus, de sous-bois, jamais d’œuf pourri ni d’ammoniaque. Ajustez au moindre doute.
  4. Tester sur une petite parcelle : Si vous débutez, séparez un tas « tout gazon » et un tas mélangé, comparez les résultats au bout de trois mois : la différence saute aux yeux !

Focus : quand et comment utiliser le compost issu de tontes ?


Le compost de gazon bien mené est riche, assez fin et nutritif. Utilisez-le sur le potager (épandage sur 2 cm, incorporation légère au printemps ou à l’automne, jamais sur semis très jeunes ou racines fragiles), ou au pied des arbres et arbustes en mélange avec d’autres composts.
Évitez toutefois de pailler en pleine épaisseur avec ce compost sous-ripe : préférez les mélanges variés ou l’incorporation légère en surface.


À retenir : le gazon, allié du compostage pour un jardin sans gaspillage


Bien géré, le gazon coupé n’est ni un fardeau, ni une source de soucis. C’est au contraire un puits d’azote précieux pour la vie du sol. Sur outils-de-jardin.fr, notre conseil est simple : fractionnez vos apports, aérez, alternez, surveillez. Le compostage des tontes devient ainsi une routine positive, et votre jardin en sortira grandement renforcé – avec, à la clé, un sol vivant et des plantes vigoureuses, sans aucune mauvaise surprise !


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