Plantes & fleurs

Plantes mellifères : leur rôle crucial pour attirer les pollinisateurs

Par Maxime
5 minutes

Pourquoi choisir les plantes mellifères au jardin ? Un levier pour la biodiversité


Au fil des saisons, le nombre de pollinisateurs s’amenuise dans de nombreux jardins français, conséquence de l’urbanisation, de l’« aseptisation » des espaces verts et de l’appauvrissement floral liée aux pratiques agricoles ou horticoles. Pourtant, le rôle de la biodiversité – et tout spécialement celui des abeilles, bourdons, papillons et syrphes – est crucial pour la reproduction de la majorité des plantes. Sans ces insectes, la pollinisation manquerait, entrainant une chute dramatique des récoltes fruitières mais aussi une baisse de floraison globale. Installer des plantes mellifères, c’est donc offrir le couvert à ces auxiliaires précieux, tout en embellissant votre extérieur.


Qu’appelle-t-on précisément une plante mellifère ?


On appelle « plante mellifère » toute espèce végétale dont les fleurs produisent du nectar (source de miel) ou du pollen en quantité notable, utilisables par les insectes pollinisateurs. Les abeilles domestiques, mais aussi tous les pollinisateurs sauvages et solitaires, sont attirés par ces ressources tout au long de la belle saison.
Le nectar, riche en sucres, leur fournit l’énergie nécessaire pour leurs activités et la reproduction. Le pollen, quant à lui, apporte protéines et matières grasses, notamment pour nourrir les larves.


Mais attention, toutes les fleurs du jardin ne sont pas « mellifères » ou, du moins, pas aussi attractives : les variétés ornementales très transformées par l’homme (roses à cent pétales, géraniums « double », dahlias à grandes fleurs…) produisent souvent peu voire pas de pollen/nectar accessible. D’où la nécessité de bien choisir !


Concrètement, quel est le bénéfice pour votre jardin ?


  • Favoriser la pollinisation : plus d’abeilles et de papillons, c’est davantage de fruits pour les arbres, arbustes et légumes exigeant une fécondation croisée (pommes, courgettes, fraises, tomates…).
  • Lutter naturellement contre de nombreux ravageurs : certains pollinisateurs (syrphes, chrysopes) sont aussi de redoutables prédateurs de pucerons ou d’acariens, notamment à l’état larvaire.
  • Encourager la biodiversité : en attirant les insectes, on accueille aussi toute une chaîne de vie (oiseaux insectivores, hérissons, chauves-souris…).
  • Créer un jardin vivant et coloré toute la saison : bien choisies, les plantes mellifères offrent des floraisons échelonnées et des parfums variés du printemps à l’automne.

Comment sélectionner et installer ses plantes mellifères ? Les bonnes pratiques


Penser diversité, saisonnalité et accessibilité !


  • Privilégier des espèces locales ou bien adaptées au climat, moins sensibles aux maladies et parfaitement compatibles avec la faune de votre région.
  • Miser sur l’échelonnement des floraisons pour garantir une source constante de nectar et de pollen du début du printemps aux dernières semaines de l’automne : choisissez au minimum trois grandes périodes (mars-mai, juin-juillet, août-octobre).
  • Offrir des variétés à fleurs simples : plus faciles à butiner pour les insectes que les fleurs très doubles.
  • Installer les plantes en massif ou « tapis » plutôt qu’en isolé : un groupe dense sera bien plus lisible et attractif qu'une fleur seule au milieu de la pelouse.
  • Ne jamais utiliser d’insecticides conventionnels sur les floraisons mellifères : la mortalité des abeilles est souvent liée à ces produits, même utilisés ponctuellement.

Une sélection de vivaces, arbustes et annuelles très efficaces


  • Pour le printemps : aubépine, pommier, prunellier, cornouiller, pissenlit, muscari, groseillier à fleurs, aubriète.
  • Pleine saison : lavande, sauge officinale, kaki, rosiers botaniques, phacélie, trèfle, bourrache, origan, thym, cosmos, centaurée, épilobe, vipérine.
  • Fin d’été et automne : lierre (floraison automnale), sedum, asters, menthe, fuchsia de Magellan, échinacée.

Plantes mellifères en pratique : quelles erreurs courantes à éviter ?


  1. Négliger la floraison précoce ou tardive : au début du printemps et à l’automne, les ressources naturelles sont encore rares — un atout à jouer pour fidéliser les pollinisateurs dès mars !
  2. Céder à la tentation des fleurs très travaillées : même si elles sont spectaculaires pour l’œil humain, ces variétés n’apportent ni nectar ni pollen utile.
  3. Espacer excessivement les plantations : regroupez trois à cinq pieds d’une même variété pour créer une zone « repère ».
  4. Oublier d’arroser les premières années : jeunes plants mellifères, en particulier les vivaces et arbustes, ont besoin d’un sol frais pour bien démarrer leur enracinement.

Zoom sur quelques stars mellifères particulièrement efficaces


La bourrache : le booster du potager

Avec ses fleurs bleues étoilées et sa longue période de floraison (d’avril à octobre), la bourrache est un aimant à abeilles et bourdons. Très rustique, elle se ressème d’une année sur l’autre, limite la venue de certains insectes nuisibles au jardin, et peut même être consommée en cuisine (fleurs en salade, jeunes feuilles). Elle trouve sa place en bordure, entre les rangs de légumes, ou même en pot sur un balcon.


Le trèfle

Blanc, rose ou pourpre, il s’installe facilement dans la pelouse, au potager ou comme engrais vert. Les abeilles adorent le trèfle, qui a le double intérêt de structurer le sol et d’enrichir la terre en azote.


La lavande

Sa floraison estivale inonde d’arômes le jardin, tout en attirant sans discontinuer abeilles, papillons et syrphes. En massif ensoleillé ou sur talus, elle est résistante à la sécheresse et très facile d’entretien.


Le lierre

Trop souvent vu comme envahissant, le lierre offre l’une des dernières sources de nectar en automne, alors que d’autres fleurs manquent. Son feuillage persistant sert également d’abri et de garde-manger hivernal pour de nombreux oiseaux et insectes.


Comment intégrer facilement ces espèces au jardin, même en zone urbaine ?


  • Enresemencez naturellement vos pelouses (ou carrés de prairie fleurie) de trèfles, de pissenlits, de centaurées – inutile de tout tondre ras !
  • Aménagez des bacs ou jardinières avec lavandes, sauges, phacélie et cosmos : ce sont des options idéales balcon / terrasse.
  • Laissez quelques « coins en friche » volontairement non désherbés pour voir apparaitre pissenlits, épilobes, trèfle rose, bugle rampant…
  • Installez une haie mixte : aubépine, cornouiller, groseillier à fleurs, ronce, viorne et sureau noir offrent à la fois ressources alimentaires et abris.

Créer un effet « cascade » de floraisons : des associations gagnantes toute l’année


  1. Associez bulbes printaniers et vivaces précoces : muscaris, narcisses, primevères, suivis par la bourrache, le souci et le trèfle.
  2. Relayez avec sauge, lavande, origan et cosmos dès la fin mai : elles attireront papillons, abeilles solitaires et bourdons tout l’été.
  3. Poursuivez avec asters et menthes en septembre-octobre.
  4. Terminez avec le lierre, qui fournira encore du nectar jusqu’aux premiers jours de l’hiver !

L’idée : qu’à tout moment, un « restaurant à pollinisateurs » soit ouvert sur votre parcelle, quelle qu’en soit la taille.


Des astuces concrètes pour attirer et préserver les pollinisateurs au quotidien


  • Laissez toujours un point d’eau peu profond (coupelle avec gravillons ou branchettes, abreuvoir à oiseaux, mini-mare) : toutes les espèces ont besoin de boire ou de dissoudre le sucre du nectar.
  • Installez un hôtel à insectes (tiges creuses, bûches percées, fagots de tiges mortes) à proximité des massifs fleuris.
  • Laissez monter à graines une partie des fleurs et légumes : cela prolonge la ressource et permet la « relève » spontanée d’année en année.
  • Évitez toute utilisation de pesticides et herbicides : même une petite dose, appliquée par inadvertance, peut empoisonner durablement les populations utiles.
  • Privilégiez désherbage manuel et paillage naturel pour conserver un sol vivant sous vos fleurs mellifères.

En résumé : des fleurs utiles, un geste pour la nature ET le jardinier


  • Sélectionnez des espèces à haute valeur mellifère, robustes et rustiques.
  • Échelonnez les floraisons sur toute la saison.
  • Installez des groupes d’au moins trois à cinq plantes de chaque type pour un résultat « effet ruche » garanti.
  • Ouvrez votre jardin aux insectes : abris, points d’eau, zones non tondues garantissent leur présence durable.
  • Évitez tout traitement dangereux : une abeille ou un bourdon mort ne pollinisera jamais.

En adoptant les plantes mellifères, chaque jardinier – expert ou novice, en ville ou à la campagne – contribue à restaurer le cercle vertueux de la biodiversité et assure l’abondance de ses récoltes et floraisons. Un geste concret, facile à mettre en œuvre, qui porte ses fruits… et ses abeilles !


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