Maladies & ravageurs

Comment reconnaître et agir contre la cloque du pêcher au printemps

Par Maxime
5 minutes

Les symptômes de la cloque du pêcher : que repérer dès la sortie de l’hiver ?


Le printemps est le moment critique où la cloque du pêcher fait son apparition. Cette maladie fongique, causée par Taphrina deformans, s’attaque essentiellement au pêcher mais aussi au nectariner et parfois à l’amandier. Elle est redoutée pour sa capacité à compromettre sérieusement la récolte, voire affaiblir durablement l’arbre. Mieux vaut savoir reconnaître les tout premiers signes, car une détection rapide facilite la prise de mesures efficaces.


  • Déformations des feuilles dès avril : Les feuilles prennent une teinte rougeâtre, brunâtre ou jaune pâle et se boursouflent. La texture devient plus épaisse, gaufrée et cassante.
  • Cloques et enroulements : Les feuilles se replient irrégulièrement, forment des poches gonflées, leurs bords s’enroulent ou plissent fortement.
  • Chute prématurée : Rapidement, les feuilles cloquées sèchent et tombent massivement alors que le printemps n’est pas terminé.
  • Pousses ralenties : Les jeunes pousses sont souvent déformées ou rabougries, la croissance du pêcher en souffre nettement.
  • Fruits malformés : Dans les cas les plus graves, les fruits prennent aussi des formes irrégulières ou tombent avant maturité, bien que cela reste plus rare.

Attention : la cloque se distingue d’un simple coup de froid par l’aspect typique des feuilles épaissies et déformées, alors qu’un gel de printemps provoque plutôt un noircissement ou un dessèchement sans cloques.


Cycle de la maladie : pourquoi la cloque attaque-t-elle au printemps ?


Taphrina deformans hiverne sur les écailles des bourgeons et dans les anfractuosités de l'écorce. À la sortie de l’hiver, dès que les températures dépassent 8-10 °C et si l’humidité est forte (pluie, rosée), le champignon émet ses spores qui contaminent très vite les jeunes feuilles en formation.
Une fenêtre critique se situe souvent fin février à mi-avril, période où une pluie persistante ou des brumes peuvent favoriser massivement le développement fongique.


  • Contamination par projection d’eau ou vent
  • Incubation rapide (quelques jours à 2 semaines)
  • Disparition du champignon en été, dès que les tissus deviennent coriaces et sans humidité : l’arbre semble guéri, mais le parasite est prêt à réapparaître l’année suivante si rien n’est fait.

Tableau express : diagnostic différentiel entre cloque et autres maladies du pêcher


SymptômeCloque du pêcherCarence / Gel
Teinte des feuillesRouge vif à rosé, puis jaunâtrePâleur modérée, pas de rouge vif
ÉpaississementOui, net, texture gaufréeNon, feuilles fines voire molles
Chute prématuréeOui, massiveParfois, plus étalée
Présence de spores blanchesOui (fin d’évolution), aspect farineuxNon

Conséquences d’une cloque non traitée : quels risques pour l’arbre et la récolte ?


Un pêcher fortement atteint par la cloque peut perdre la quasi-totalité de sa ramure jeune avant l’été. Cela entraîne une photosynthèse réduite (donc moins de réserves), un affaiblissement structurel (pousse ralentie, bois moins lignifié) et surtout une récolte quasi nulle l’année suivante.
En cas d’attaques répétées plusieurs années de suite, l’arbre décline : branchages morts, moindre floraison, fruits minuscules ou absents, sensibilité accentuée aux parasites secondaires (pucerons, moniliose, bactéries…)


Quels facteurs favorisent la cloque du pêcher ? Points de vigilance au jardin


  • Humidité persistante au printemps : jardin ombragé, arbres exposés à la pluie et mal aérés.
  • Variété de pêcher très sensible : la plupart des variétés anciennes sont vulnérables aux souches de Taphrina.
  • Taille trop sévère ou faite en hiver : cela multiplie les blessures, points d’entrée potentiels du champignon.
  • Absence totale de prévention : arbres non traités ni surveillés à la sortie de l’hiver.

Agir rapidement : plan d’action immédiat au printemps


  1. Surveillez quotidiennement l’apparition des premières déformations : marquez les branches atteintes pour suivre leur évolution.
  2. Supprimez les feuilles malades sans attendre : ramassez soigneusement toutes les feuilles cloquées tombées au sol ou restées sur l’arbre, puis brûlez-les ou éliminez-les hors compost.
  3. Évitez toute taille au cœur de la période critique : une taille de rajeunissement doit se faire à l’automne ou tout début d’hiver hors période humide.
  4. Protégez les pousses saines : pulvérisez un traitement (cf. ci-dessous) dès le gonflement des bourgeons, puis à 10-15 jours d’intervalle si les pluies persistent.

Traitements et solutions préventives : des approches pour tout jardinier


Que faire en bio ? Méthodes douces recommandées


  • Bouillie bordelaise (cuivre) : Appliquer à dose raisonnable, une fois à la chute des feuilles à l’automne, puis fin hiver/début du printemps avant l’éclosion. Respecter la réglementation locale du dosage cuivre (pas plus de 2,5 à 5kg/ha/an en cumul).
  • Décoctions de prêle et d’ail : En préventif, renforcer la résistance des tissus (traiter dès le début du gonflement des bourgeons, renouveler une fois après pluie).
  • Argile en pulvérisation : Film léger protecteur, réduit la contamination en bloquant partiellement les spores fongiques. Mélanger de l’argile verte à de l’eau, pulvériser sur les jeunes pousses.

Chimiques de synthèse : ce qu’il faut savoir


Certains fongicides spécifiques autorisés au jardinage amateur (à base de cuivre ou sulfurés) existent, mais leur efficacité dépend de la précocité de l’application. Surveillez leur homologation : les filières officielles jardineries ou magasins agricoles garantissent la conformité. Toujours respecter la dose et la fenêtre d’intervention (avant, jamais pendant, le débourrement massif).


Attention : Les traitements sont inutiles dès l’apparition des tâches et cloques. Leur intérêt est uniquement préventif ; une fois installée, la cloque ne peut être supprimée, mais seulement limitée pour l’année suivante.


Tableau synthétique : traitements adaptés selon le stade végétatif


PériodeAction préventiveBénéfices
Novembre-décembreBouillie bordelaise sur rameaux nusRéduit l’inoculum hivernant
Début marsPulvérisation cuivre/prêle sur bourgeons gonflésBarrière antifongique au débourrement
Fin mars-début avrilSurveillance, suppression des feuilles maladesÉvite la dispersion massive des spores
Après mi-avrilDécoction ail/prêle et maintien d’un sol aéréRenforce l’arbre, limite la sévérité des attaques

Gestes à éviter absolument pour ne pas aggraver la maladie


  • Trop arroser le feuillage ou créer une humidité excessive sous le pêcher (bâche plastique, sol tassé ou paillage trop dense).
  • Composter les feuilles et branches malades : cela perpétue le champignon d’une année sur l’autre, voire le dissémine ailleurs.
  • Tailler quand les pluies sont prévues ou pendant les épisodes de contamination : multiplie le risque d’inoculation du bois sain.
  • Abandonner l’arbre à son sort si une attaque survient : l’affaiblissement cumulatif joue sur 2 ou 3 ans et devient difficilement réversible.

Prévention durable : conseils actionnables du site pour limiter la cloque d’une année sur l’autre


  1. Privilégiez les variétés tolérantes ou résistantes lors de la plantation (ex : ‘Sanguine de Savoie’, ‘Benedicte’, ‘Reine des Vergers’…)
  2. Plantez le pêcher à l’emplacement le plus ensoleillé et bien aéré du jardin (pour diminuer l’humidité sur le jeune feuillage).
  3. Évitez de mettre plusieurs pêchers côte à côte : séparez d’au moins 10 m ou alternez avec d’autres essences moins sensibles.
  4. Effectuez une surveillance fine dès la fin de l’hiver : l’idéal est d’inspecter deux fois par semaine du gonflement des bourgeons jusqu’à l’installation franche des feuilles.
  5. Aérez le pied de l’arbre : un désherbage manuel ou le recours à un paillage végétal sec, mais pas collé au tronc, réduit la persistance de l’humidité.
  6. Pratiquez la rotation préventive des traitements : n’appliquez pas chaque année le même produit, combinez décoctions, cuivre et argile sur 2 saisons pour éviter la sélection de souches résistantes.

Exemple de protocole d’action sur une saison complète


  1. Novembre : Application de bouillie bordelaise/apllication d’argile, retrait des feuilles mortes et contrôle de l’aération autour du tronc.
  2. Fin février-début mars : Décoction prêle et ail sur les bourgeons.
  3. Entre mars et avril : Surveillance accrue, toute feuille cloquée enlevée à la main, pulvérisation préventive si pluie annoncée.
  4. Fin avril : Paillage léger, suppression totale des feuilles malades persistantes et épandage léger de compost mûr.

À retenir pour le jardinier : réactivité, prévention et variété adaptée


La cloque du pêcher n’est pas une fatalité, à condition de réagir vite dès la première feuille déformée et de miser sur la prévention plutôt que sur le traitement curatif. Un pêcher surveillé, bien implanté, traité avec discernement (bio ou conventionnel) et conduit avec de bonnes pratiques d’aération portera moins la cloque et supportera les attaques sans dommages irrémédiables.


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