Bien démarrer son compost : pourquoi tant de jardiniers se trompent ?
Le compostage fait aujourd’hui figure d’incontournable pour recycler kitchen et déchets verts tout en enrichissant la terre de son jardin. Pourtant, débutants comme pratiquants aguerris tombent souvent dans les mêmes pièges. Un compost qui sent mauvais, stagne ou attire nuisibles décourage vite… alors qu’avec quelques bons réflexes, transformer ses déchets organiques en or noir devient simple et gratifiant. Voici une analyse concrète des erreurs fréquentes au compost et les solutions actionnables pour les éviter à coup sûr.
Mélanger sans réfléchir : l’équilibre carbone/azote, clef du succès
La première cause d’un compost qui ne fonctionne pas vient souvent d’un déséquilibre entre les déchets « bruns » (riches en carbone) et « verts » (riches en azote). Saupoudrer indifféremment épluchures de légumes, tonte ou feuilles mortes ne mène pas à la décomposition harmonieuse attendue.
- Erreur classique : trop d’herbe ou de déchets humides tassés entraîne pourriture, mauvaises odeurs et « soupe » nauséabonde.
- L’inverse : un amas de branches, feuilles sèches ou carton ne se décompose pas, faute d’azote, et le tas reste inerte.
Le bon geste : une part de déchets verts pour deux parts de déchets bruns. Ajoutez toujours un peu de matières sèches (broyat, feuilles, cartons non imprimés) à chaque apport de matières humides. Mélangez légèrement pour favoriser l’aération.
Mauvaise gestion de l’humidité : ni désert, ni marécage
L’humidité joue un rôle central au compostage : trop sec, le processus s’arrête ; trop humide, tout pourrit. Beaucoup pensent qu’il faut arroser sans regarder ou, au contraire, laissent le compost devenir poussiéreux.
- Un compost trop sec ne brunit pas, ne chauffe pas et reste « mort ».
- Un compost trop humide provoque fermentation (odeur d’œuf pourri) et développement de moisissures indésirables.
Test simple : pressez une poignée du mélange, il doit à peine perler quelques gouttes entre les doigts. Trop mouillé ? Ajoutez des matières brunes sèches. Trop sec ? Un arrosoir d’eau et un bon brassage suffisent.
Oublier d’aérer : le compost n’aime pas l’asphyxie
L’aération est l’un des points le plus souvent négligés. Sans oxygène, les micro-organismes « bons » du compost meurent et laissent place à des bactéries anaérobies responsables des odeurs désagréables et de la lenteur de la transformation.
- Erreur fréquente : jamais ou presque de brassage, le tas se compacte, stagne ou devient gluant au cœur.
La solution : Retournez le tas avec une fourche toutes les deux/trois semaines, ou à chaque nouvel apport massif. Cette opération favorise la montée en température, accélère la décomposition et maintient le processus sain.
Tout mettre sans trier : attention à la pollution et à l’empoisonnement
Le compost n’est pas la poubelle universelle. Certains déchets ralentissent, bloquent ou polluent le compost final :
- Produits à éviter absolument : viandes, poissons, matières grasses animales, produits laitiers, crottes d’animaux domestiques (risque de pathogènes).
- À bannir aussi : bois traité, litières chimiques, plantes malades ou montées en graines (elles pourraient contaminer le tas).
- Papiers, cartons : uniquement non imprimés, sans encres colorées ni adhésifs.
Seuls les déchets végétaux, papiers bruts, coquilles d’œufs écrasées et marc de café (avec filtre non blanchi) sont sûrs pour un compost domestique réussi.
Doser trop gros ou trop fin : la question de la granulométrie
Des déchets introduits trop gros (branches entières, trognons coriaces) ralentissent la décomposition. À l’inverse, trop d’apports broyés finement risquent de tasser le compost et gêner l’oxygénation.
- Conseil concret : Coupez, cassez ou broyez grossièrement les éléments trop volumineux. Alternez couches de « gros » (branches taillées à la main) et de « fin » (tontes, épluchures, marc de café).
Ignorer la température et le rythme du compost
Un compost actif doit chauffer (jusqu’à 60°C/70°C) : c’est un signe que la vie microbienne est en pleine activité. Si le tas reste froid de longs mois, c’est signe d’un autre souci :
- Mauvais mélange (carbone/azote),
- Pas assez de volume (petit composteur sans masse critique),
- Oubli d’aération ou de gestion de l’humidité.
Pour relancer un tas endormi : brasser, compléter avec un peu de matières fraîches (« starter »), surveiller l’humidité puis couvrir pour maintenir la chaleur.
Négliger la couverture et la protection
Un compost exposé aux pluies, au soleil, au vent ou aux animaux se dessèche, se compacte ou attire indésirables (rongeurs, mouches…).
- Erreur fréquente : tas à ciel ouvert, lessivé par la pluie ou grillé en plein été, difficile à réguler.
La bonne pratique : couvrez le tas d’un vieux tapis de jute, d’un carton, d’une bâche légère, ou d’une bonne couche de matières sèches. Cela protège des excès d’eau, limite l’assèchement, et isole la chaleur du compostage microbien.
Attirer – ou nourrir – les nuisibles
Rats, souris, mouches ou animaux domestiques viennent à coup sûr sur un compost qui contient restes cuits, viandes, fromages, os ou pain en excès. Les odeurs sont aussi un signal d’alarme.
- Ne mettez jamais d’aliments cuits, d’os, de restes carnés.
- Enfouissez vos nouveaux apports sous 10 cm de matières sèches pour masquer les odeurs.
Composter en hiver : oublier l’importance de la saison
En période froide, le compost tourne au ralenti et certains arrêtent les apports ou la vigilance. Pourtant, même à basse température, la décomposition continue lentement. Erreurs classiques :
- Laisser le tas à découvert (il refroidit, se gorge d’eau de pluie)
- Ne pas brasser les apports, pensant qu’il ne se passe plus rien.
Conseil : continuez à ajouter déchets végétaux (sauf trop d’azote), couvrez soigneusement, et attendez le printemps pour relancer l’aération et les gros apports.
Manquer de patience : chaque compost a son rythme
Dans la précipitation, certains veulent récolter du compost en quelques semaines ou poussent à trop retourner en croyant forcer la transformation. Pourtant, la maturation demande de trois à dix-huit mois selon la méthode, la saison et la gestion.
L’idéal : prévoyez deux bacs ou deux tas – un en cours, l’autre en maturation – pour laisser le temps au compost de devenir terreau meuble, sombre et sans odeur.
Récapitulatif : erreurs classiques et solutions actionnables
- Boues nauséabondes ? Trop d’azote, manque d’aération : ajoutez brun, brassez.
- Compost sec et inerte ? Peu d’humidité, pas assez d’azote : arrosez, apportez des verts.
- Déchets entiers non décomposés ? Trop gros, pas assez de mélange : coupez, mélangez mieux.
- Odeurs ou mouches ? Matières interdites ou non enfouies : bannissez cuisines cuites, enfouissez apports frais.
- Tas colonisé par rongeurs ? Restes carnés, pain, pas de protection : stoppez ces apports, réhaussez le compost et protégez la base (grillage au sol).
Conseils clés pour réussir son compost toute l’année
- Alternez déchets bruns/secs et verts/humides systématiquement.
- Brassez régulièrement (tous les 15 à 30 jours selon saison et volume).
- Gérez l’humidité (trop sec, arrosez ; trop humide, ajoutez matières sèches)
- Coupez les gros morceaux pour accélérer la transformation.
- Protégez du vent, de la pluie et des animaux avec un couvercle naturel.
- Évitez les déchets interdits (carnés, laitiers, bois traité, plantes malades…)
- Laissez mûrir minimum trois à six mois avant utilisation : la texture doit être grumeleuse, sombre, sans restes identifiables.
En conclusion : compostage facile pour un jardin vivant
Éviter les erreurs du compostage n’a rien de sorcier. En observant quelques principes simples – équilibre des apports, gestion de l’humidité, brassages réguliers, tri des déchets – tout jardinier, du citadin à l’habitant de campagne, peut produire un compost de qualité. Rappelons-nous que c’est la qualité et la constance des gestes, plus que la quantité, qui font la réussite du compost. Un compost bien mené allège la benne à ordures, nourrit le sol, protège l’environnement… et permet d’enrichir le jardin, potager ou massifs fleuris naturellement, sans effort superflu ni mauvaises surprises. Testez, ajustez – et observez le retour de la vie sous vos pieds : tel est le secret du vrai compostage efficace !