Transformer ses déchets organiques en or vert, même en ville
Le compost en appartement s'impose peu à peu comme une solution concrète pour réduire ses déchets et enrichir ses plantes d'intérieur ou son balcon. Si l’idée séduit de plus en plus d’urbains, elle soulève aussi beaucoup de questions pratiques : faut-il un grand espace ? Les odeurs sont-elles gérables ? Est-ce compliqué à installer, à nourrir, et le résultat est-il vraiment utilisable ? Forts des expériences de nombreux citadins, voici les astuces essentielles et quelques retours concrets pour réussir votre composteur chez vous – que vous soyez débutant ou déjà initié.
Bien choisir son type de compost pour l’intérieur : vermicompost ou bokashi ?
En appartement, le compostage se divise principalement en deux grandes familles : le lombricompostage (ou vermicompostage) et la méthode bokashi. Chacune a ses avantages, contraintes, et un mode d’utilisation bien spécifique. Tour d’horizon rapide pour faire votre choix.
Le lombricomposteur : des vers à la rescousse
- Principe : Des vers spécialisés (Eisenia foetida principalement) digèrent les déchets organiques pour produire un compost mûr et un « thé » de vers, excellent pour l’arrosage des plantes.
- Avantages : Processus inodore si respecté, compact, pédagogique. Prise en main rapide. Idéal pour petite cuisine ou balcon abrité.
- Inconvénients : Nécessite de surveiller le niveau d’humidité et l’alimentation des vers. Ne tolère pas tous les types de déchets (pas d’agrumes, d’oignons, de viande…).
- Public conseillé : Citadins motivés, familles, écoles, couples. Parfait si vous aimez observer le vivant de près.
Bokashi : la fermentation sans odeur
- Principe : Un seau hermétique où l’on ajoute ses déchets de cuisine (même viande et poisson !), fermentés par des micro-organismes spécifiques (son de céréales enrichi d’EM – « micro-organismes efficaces »).
- Avantages : Aucun insecte requis, très discret, fermentation rapide, compost-mère concentré à mélanger ensuite en extérieur pour transformation finale.
- Inconvénients : On ne récupère pas de compost prêt à l’emploi dans l'appartement : il faudra finir la maturation en pleine terre ou en pot.
- Public conseillé : Idéal pour studios exigus, familles sceptiques à l’idée d’avoir des vers, ou ceux qui veulent composter (presque) tout leur bac de cuisine.
Installer un composteur urbain : matériel, place et démarrage
Inutile d’être un pro ou d’occuper un 100 m² pour composter. Plusieurs formats existent et, bien positionné, un bac à compost prend moins de place qu’un récupérateur de bouteilles vides. Quelques critères à examiner pour garantir une installation qui dure :
- Taille et capacité : Pour un ou deux adultes, un lombricomposteur de 2 à 3 étages (15-20 litres mini) suffit largement ; pour une famille de 4, préférez 40 L ou deux unités complémentaires.
- Lieu : À l’abri des forts écarts de température (préférez cuisine, cellier, balcon non exposé plein soleil/froid). Évitez la proximité immédiate de radiateurs ou d’une baie vitrée surchauffée en été.
- Kit de démarrage : Le starter pack d’un lombricomposteur comprend généralement bac(s), tapis d’humidification, litière en coco ou carton, et un lot initial de vers ; le bokashi inclut seau, robinet, et son activateur.
Gérer facilement les apports de déchets : le bon équilibre
Un marchepied indispensable vers la réussite, c’est d’adopter le bon rythme d’alimentation et le juste équilibre entre déchets « verts » (azotés) et « bruns » (carbonés). Là encore, l’expérience montre qu’un composteur urbain fonctionne comme un être vivant : il se régule s’il est bien nourri et surveillé régulièrement.
Déchets à composter sans crainte
- Bruits de légumes, épluchures, marc de café (filtre compris), sachets de thé, fleurs fanées, coquilles d’œufs écrasées, morceaux de papier essuie-tout non imprimé…
- Avec modération : pain rassis, riz ou pâtes (en petites quantités pour éviter la fermentation), carton brun découpé (emballages sans encre ni plastique).
- Bokashi seulement : viande, poisson, produits laitiers – à éviter totalement dans un lombricomposteur.
Déchets à bannir ou à limiter
- Déchets trop acides (agrumes, oignons, ail) – tolérés par petites doses dans le bokashi, à proscrire pour les vers ;
- Matières grasses, huiles, os, coquillages durs ;
- Produits nettoyants, sacs oxo-biodégradables, litière minérale de chat, etc.
La règle d’or : chaque fois que vous ajoutez des déchets frais, pensez à compenser en ajoutant du matériau sec
- Exemples concrets : un vieux rouleau de sopalin découpé en morceaux, un fond de boîte d’œufs, une poignée de carton brun déchiré, feuilles mortes ou fibre de coco si vous en avez.
- En bokashi, il s’agit simplement du son activateur à chaque couche de déchets.
Limiter les odeurs et les moucherons : astuces éprouvées par les utilisateurs
La peur numéro 1 reste les mauvaises odeurs en appartement. Bonne nouvelle : elles ne sont pas une fatalité si vous adoptez les bons gestes dès le départ :
- Aérez le contenu une fois par semaine maximum, évitez d’ouvrir inutilement ;
- Equilibrez (voire surdosez) la part de matières « brunes » (papier, carton) en cas d’excès de moiteur ou d’odeurs ;
- En présence de petites mouches, posez un morceau de moustiquaire ou de tissu aéré sous l’opercule, et n’hésitez pas à récolter plus tôt le compost mûr qui attire les insectes ;
- Pour le bokashi, veillez au bon tassement des couches, refermez bien le couvercle ; un seau mal hermétique fermente mal.
Retours d’expérience : comment évolue un compost en ville ?
Le ressenti varie, mais la quasi-unanimité des usagers le confirme : un composteur d’appartement bien géré n’est ni sale, ni odorant, et apporte une satisfaction réelle en voyant ses déchets transformés. Témoignages :
« Au début, j’avais peur des vers, mais ils restent invisibles la plupart du temps. Mon lombricomposteur ne sent rien, et mes plantes n’ont jamais été aussi belles. » – Julie, Paris 12e.
« Le bokashi m’a bluffé, j’en avais marre de jeter mes restes de poisson. Les plantes du bureau raffolent du jus obtenu, et je donne le résidu à un voisin qui a un potager. » – Xavier, Lyon.
Les points qui changent tout selon les retours :
- Y aller progressivement (ne pas tout mettre d’un coup au départ) ;
- Ne pas oublier la litière (pour le démon démarrage des vers) ;
- Prendre le temps de « sentir » l’équilibre (ni sec, ni détrempé) ;
- Sourcer des copains, ou des co-locataires, toujours partants pour tester et partager l’expérience.
Utiliser son compost d’appartement : des usages multiples
- Lombricompost mûr : Mélangez une petite poignée à la terre en rempotage ou en surfaçage de vos plantes vertes. À utiliser avec parcimonie (concentré en nutriments !).
- Thé de vers : Diluez à 1/10 (eau non calcaire). Redoutable sur jeunes pousses, y compris sur balcon.
- Bokashi fermenté : Mettez-le à maturation finale dans un bac de culture, une jardinière sur balcon, ou déposez-le dans un composteur collectif si vous y avez accès.
Problèmes fréquents et pistes de solutions
- Compost sec ou inactif : rajoutez un peu d’eau, mélangez, ajoutez plus de déchets riches (fruits, marc de café).
- Odeurs d’ammoniac : trop de matières azotées (pelures, épluchures) : ajoutez du carton, aérez le dessus.
- Invasion de moucherons : recouvrez la surface de carton humide ou d’essuie-tout, laissez fermé une semaine. Arrêtez les fruits sucrés temporaires si besoin.
- Vers qui fuient ou meurent : chaleur, acidité, décomposition trop rapide. Réduisez apports, aérez, rééquilibrez le taux de matières sèches.
- Compost trop mouillé : égouttez, ajoutez des matières brunes, diminuez les apports quelques jours.
Checklist pour un compost urbain réussi
- Choisissez la méthode la plus adaptée à votre mode de vie.
- Démarrez petit, adaptez la taille à vos apports réels.
- Nourrissez avec régularité et variété.
- Maintenez le ratio humide/sec, et surveillez les équilibres en ajustant si besoin.
- Ouvrez moins, récoltez plus : laissez le compost mûrir.
- Partagez vos retours d’expérience et encouragez l’entraide (il existe des groupes solidaires par quartier ou immeuble).
Un geste concret et satisfaisant à la portée de tous
Le compostage en appartement n’est ni un gadget ni un effet de mode. C’est un levier direct pour limiter ses déchets, mieux comprendre les cycles naturels et offrir à ses plantes une source unique de nutriments. À condition de démarrer sur de bonnes bases et de rester à l’écoute de son composteur, la réussite est pratiquement garantie.
Que vous soyez citadin avec ou sans balcon, étudiant ou retraité, la démarche est simple, peu coûteuse, et génère souvent une belle fierté partagée avec les voisins. Alors, prêt à passer à l’action pour un appartement (et une planète) plus verts ?