Une solution de compostage urbain qui fait parler d’elle
La valorisation des déchets de cuisine devient une vraie priorité pour de nombreux foyers, notamment en ville où l’accès à un jardin ou à un grand composteur peut poser problème. Depuis quelques années, la méthode Bokashi attire de plus en plus d’adeptes grâce à sa simplicité et à sa rapidité. Originaire du Japon, ce procédé permet de transformer facilement les restes alimentaires en amendement riche pour le sol, le tout sans odeurs gênantes ni nuées de moucherons. Comment fonctionne le Bokashi ? Quels sont ses avantages et ses limites ? Et comment l’intégrer à votre routine de gestion des déchets ménagers ? Passage en revue de cette technique innovante et accessible à tous.
Qu’est-ce que le Bokashi ?
Contrairement au compostage traditionnel, le Bokashi ne s’appuie pas sur une décomposition aérobie mais sur une fermentation anaérobie, obtenue en absence d’oxygène. Le terme "Bokashi" signifie d’ailleurs "matière organique fermentée" en japonais. Cette méthode se fonde sur l’action de micro-organismes efficaces (EM, pour "Effective Micro-organisms"), apportés via un son d’activation spécial. Les déchets sont ainsi fermentés dans un petit seau hermétique, à l’abri de l’air, et non dégradés à proprement parler.
En quelques semaines, vos épluchures, restes de pain, produits laitiers, viandes, poissons et autres déchets alimentaires, souvent interdits dans le compost classique, se transforment en un substrat démarrant une seconde vie : celui d’amendement pour vos plantes ou votre potager.
Comment fonctionne le système Bokashi ?
Les éléments de base :
- Le seau Bokashi : muni d’un couvercle hermétique et d’un robinet, il empêche l’air d’entrer et récupère le « jus » issu de la fermentation.
- Le son activateur : il contient des bactéries lactiques, levures et autres micro-organismes responsables de la fermentation.
- Les déchets alimentaires : y compris viandes, poissons, agrumes, restes cuisinés, os et produits laitiers — une polyvalence rare, même en appartement.
La mise en route pas à pas :
- Déposez une fine couche de son activateur au fond du seau.
- Ajoutez vos déchets de cuisine, coupés en morceaux pour accélérer la fermentation.
- Saupoudrez chaque nouvelle couche de déchets d’une poignée de son Bokashi.
- Tassez bien (avec une pelle ou une spatule) pour limiter les poches d’air.
- Refermez soigneusement le couvercle après chaque ajout.
- Videz régulièrement le liquide (jus Bokashi) qui s’écoule via le robinet. Ce concentré doit être dilué avant d’être utilisé en engrais liquide ou pour l’entretien des canalisations.
- Une fois le seau plein, laissez-le fermenter 10 à 15 jours sans l’ouvrir.
Les avantages concrets du Bokashi
- Rapidité : la fermentation dure moins d’un mois, bien plus rapide que la majorité des compostages urbains.
- Polyvalence : tous les restes ou presque sont acceptés, ce qui simplifie la séparation des déchets et maximise la valorisation.
- Moins d’odeurs : le système hermétique et le processus de fermentation produisent une odeur acidulée, mais rarement désagréable ou invasive.
- Aucune mouche ni nuisible : contrairement au compost classique qui attire parfois des indésirables, le Bokashi les tient à distance.
- Format compact : utile même dans une cuisine exiguë, il permet à tous les citadins de pratiquer le compost.
- Fabrication d’engrais liquide : le jus récupéré fait office d’amendement efficace pour les plantes et d’aide pour l’entretien des canalisations.
- Respect de l’environnement : il réduit le volume d’ordures ménagères et réinjecte de la matière organique dans le cycle naturel.
Utiliser le compost Bokashi au jardin ou en pot
Le substrat fermenté : que faire après la fermentation ?
À l’issue du processus, vos déchets ne ressemblent pas à du compost mûr : ils sont ramollis, acidifiés, mais encore reconnaissables. Pour devenir véritable amendement assimilable, le substrat Bokashi doit être enterré dans la terre ou mélangé à du compost, où il finira de se décomposer grâce à la vie du sol.
- Au jardin : Enterrez le contenu du seau (hors liquide) à une dizaine de centimètres de profondeur, dans une tranchée ou au pied des arbres, et recouvrez de terre. Attendez deux à trois semaines avant de cultiver sur la zone si possible.
- En pot : Mélangez une portion de Bokashi fermenté avec du terreau usagé dans un bac ou un grand pot. Patientez également 2-3 semaines pour éviter une acidité excessive qui pourrait gêner les racines.
Ce "pré-compost" enrichi stimule la vie microbienne du substrat et redonne vigueur à vos plantations.
Points de vigilance et limites à connaître
- L’acidité : Le substrat Bokashi est très acide à la fin de la fermentation. Il doit toujours être enfoui ou mélangé à de la terre, jamais appliqué pur sur des racines ou des semis.
- Organisation : Prévoyez un second seau pour alterner les cycles de collecte et de fermentation sans interruption.
- Acheter du son activateur : le coût du Bokashi est souvent lié à l’achat régulier de son spécifique, même s’il reste abordable sur le long terme.
- Suivi de la fermentation : si des odeurs vraiment désagréables (putréfaction) se dégagent, c’est qu’il y a eu excès d’air ou trop d’humidité. Vérifiez la bonne étanchéité et la répartition du son.
- Petit volume : pour une grande famille ou une consommation élevée de fruits et légumes, la capacité du seau peut s’avérer vite limitée.
Conseils actionnables pour réussir son Bokashi
- Diversifiez vos déchets : plus la matière première est mélangée (épluchures, restes cuits, protéines…), plus la fermentation est complète !
- Taillez finement : coupez les gros morceaux avant de les placer dans le seau pour accélérer la transformation.
- Tassez et fermez bien : chassez un maximum d’air après chaque ajout.
- Utilisez tout le jus Bokashi : diluez-le à 1:100 pour les plantes (une cuillère à soupe pour un litre d’eau) et arrosez vos jardinières ou votre pelouse. Non dilué, il désodorise et nettoie les canalisations.
- Enterrez, ne déposez jamais pur à l’air libre : le contenu doit rester à l’abri pour poursuivre sa transformation sans gêner ni brûler les plantes.
- Nettoyez correctement le seau : à chaque rotation, nettoyez à l’eau chaude pour éviter fermentation non souhaitée.
- Pensez à l’association avec le lombricompostage : certains composteurs à vers acceptent de petites quantités de substrat Bokashi, une fois partiellement neutralisé dans la terre.
À qui s’adresse le Bokashi ?
Le Bokashi est particulièrement recommandé aux citadins, personnes vivant en appartement ou disposant de peu d’extérieur. Facile à mettre en place, sans contrainte de température ou d’humidité, il permet d’initier une gestion quotidienne des biodéchets sans crainte de nuisances ou d’échecs.
Ceux qui souhaitent accélérer la fertilisation de leur jardin, réduire leur poubelle, ou expérimenter de nouveaux gestes écologiques y trouveront rapidement leur compte. Il complète aussi parfaitement un compost classique ou un lombricomposteur, en acceptant des déchets qu’ils refusent souvent.
Bilan : la méthode Bokashi, un atout pour le compostage moderne
En combinant simplicité, rapidité, et acceptation d’une grande diversité de déchets de cuisine, le Bokashi s’impose comme une méthode innovante et durable pour le compostage à domicile. Sans exiger d’espace extérieur ni d’entretien fastidieux, il transforme chaque foyer en acteur de l’économie circulaire. Alors, pourquoi ne pas adopter ce geste simple et efficace dès ce mois-ci ? Votre poubelle s’allègera, et vos sols — qu’ils soient en pleine terre ou en pot — profiteront pleinement d’un amendement naturel, sain, et facile à fabriquer. Vous hésitez encore ? Lancez une première boucle de Bokashi, et découvrez à quel point composter à la maison peut rimer avec organisation, écologie et résultats rapides.